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Internet, pour quoi faire ?

dimanche 4 juillet 2004, par Dominique Dupagne

Les statistiques, souvent surprenantes [1] , qui s’intéressent à l’utilisation d’Internet par les praticiens libéraux montrent que cet outil est insuffisamment intégré dans leur pratique quotidienne, en dehors de la télétransmission des feuilles de soins bien sûr.

Si le courrier électronique rencontre un succès mérité par son efficience et sa simplicité, la recherche documentaire en est encore à ses balbutiements.

Lorsque le novice discute avec un aficionado du réseau, sa première réflexion est souvent : « Internet d’accord, mais pour quoi faire ? ». La description enthousiaste de l’accès gratuit à Medline et de la richesse des grandes banques de données anglo-saxonnes suffit rarement à convaincre le médecin débordé, avare de son temps libre. Le but de cet article est de montrer que le Web (les pages hébergées sur des sites) est déjà un outil professionnel utile qui a sa place dans la pratique du généraliste français.

Pour aborder l’intérêt du réseau Internet pour le praticien, il faut segmenter les différents usages possibles de ce réseau : la communication sortante, la communication entrante active et la communication entrante passive.

La communication sortante

Le premier usage d’Internet consiste à émettre des informations vers d’autres utilisateurs. Le courrier électronique est un bon outil pour prévenir un groupe de confrères d’une réunion, d’une information importante ou d’une modification de son mode d’exercice (absence, remplacement). Pour cet usage, le courrier électronique est très supérieur au fax. Pour un contact individuel, contrairement au téléphone, il permet de ne pas déranger son interlocuteur et d’être toujours sûr de le joindre ; c’est un mode de communication précieux pour les messages non urgents.

La communication entrante passive

La communication entrante passive comporte plusieurs aspects : lire les e-mails envoyés par ses correspondants, s’abonner à des bulletins (newsletters) ou à des listes de discussions que l’on a sélectionnés en fonction de ses centres d’intérêt. Cet aspect ne sera pas développé.

La communication entrante active

La communication entrante active consiste à chercher sur le réseau Internet des informations en fonction d’un besoin précis. Il s’agit essentiellement de l’exploration du Web, c’est-à-dire des sites disséminés sur la Toile.

Comme nous allons le voir, cette quête d’information peut être particulièrement fructueuse.

Dans cette chronique hebdomadaire, Philippe Eveillard et d’autres contributeurs se sont longuement étendus sur l’intérêt majeur du Web pour la recherche documentaire, anglophone ou francophone. En pratique, Google est un outil parfait pour la recherche générale, et Medline, malgré un abord complexe, domine les outils de recherche de notices bibliographiques. Le catalogue de sites géré par le CHU de Rouen constitue l’annuaire de référence pour ceux qui souhaitent accéder directement à des ressources sélectionnées.

Mais l’utilité du Web pour le praticien passe parfois par des besoins plus « terre à terre » : identifier un médicament étranger, accéder à une information parue dans un support grand public, trouver l’adresse d’un confrère, le téléphone d’un patient, les coordonnées d’une clinique ; conseiller un voyageur ou un patient atteint d’une maladie rare.

Or l’accès au réseau pendant la consultation se révèle, à l’usage, un remarquable outil qui justifie que tout médecin s’y intéresse, comme les exemples qui suivent veulent le démontrer.

Google-trouve-tout

Google, moteur de recherche aussi simple d’emploi que rapide et performant permet de trouver quasi instantanément des renseignements précieux, pendant la consultation :
- Quelle est la composition du médicament Welbutrin dont mon patient a entendu parler et sur lequel il me demande mon avis ? Taper Welbutrin dans Google, suivre la suggestion de rechercher plutôt Wellbutrin, constater qu’il s’agit du nom commercial du bupropion (Zyban), commercialisé comme antidépresseur aux États-Unis.
- Qu’est-ce que la maladie de Hailey-Hailey, dont le beau-frère de votre patient est atteint et sur laquelle il vous interroge ? Google vous indique une page qui mentionne le nom anglo-saxon du pemphigus chronique bénin familial, avec une photo en prime.
- Mon patient me dit que sa femme se plaint qu’il grince des dents la nuit depuis qu’il prend du Prozac. Entrer fluoxétine bruxisme dans Google pour constater qu’une publication recensée par la BIAM décrit trois cas de ce type.
- Cette patiente suisse utilise le contraceptif Gyneva et souhaite un renouvellement. Elle ne dispose pas de la boîte. Google nous dirige vers une page du planning familial belge qui indique l’équivalence avec Moneva.
- On vous demande ce que vous pensez du guarana ? Google vous indique de nom- breuses pages manifestement peu fiables. Un petit détour par la BIAM (recher-che par DCI) vous apprend qu’il s’agit d’un autre nom de la cupaline, commercialisée sous AMM française comme anti-asthénique.

Chacune de ces recherches ne prend que quelques secondes, moins de temps qu’il n’en faut pour ouvrir un dictionnaire.

Les actualités que vos patients lisent avant vous

Quoi de plus irritant pour le médecin que d’apprendre une nouvelle importante par un patient sans pouvoir accéder à l’information ? Les moteurs de recherche d’actualité de Yahoo et Net2one permettent de retrouver les informations récentes : retrait en urgence de tel médicament en France ou à l’étranger, article dans un quotidien faisant état d’une découverte importante dans un domaine thérapeutique.

Face aux alertes sanitaires ou aux actions de pharmacovigilance, le praticien peut réagir utilement en utilisant les moteurs de recherche des sites de l’INVS (Institut national de veille sanitaire) ou de l’AFSSAPS, pour accéder à une information officielle et éventuellement l’imprimer pour rassurer un patient inquiet.

Coordonnées téléphoniques ou géographiques

Retrouver le numéro de téléphone d’un patient ou d’un confrère est simple et rapide avec des annuaires comme FreeAnnu ou Infobel. Ce dernier permet également de retrouver un abonné à partir de son numéro de téléphone (gratuitement), option bien pratique pour une visite à domicile après un appel sur répondeur, et l’option reconnaissance du numéro lorsque ce numéro sonne occupé.

Toujours avec le numéro et Infobel, il est possible d’accéder à un plan imprimable pour localiser un patient à visiter ou un confrère que l’on indique à un patient.

Pour la région parisienne, l’annuaire de l’APHP est un modèle qui permet de localiser rapidement un médecin, le téléphone de son secrétariat et ses jours de consultation.

Informations pour les voyageurs

De nombreux sites permettent d’obtenir des informations sanitaires actualisées pour renseigner et vacciner les voyageurs : Travhealth, Safetravel, l’institut Pasteur de Lille, fichier Excel du Chu de Reims. Internet est un support parfait pour accéder à des informations à jour.

Le soutien aux malades isolés

Les patients qui souffrent de maladies rares ou invalidantes apprécient de pouvoir rejoindre une association qui leur apporte informations et soutien.

L’annuaire Tricot, disponible en ligne, permet de trouver les coordonnées des associations de patients, nationales ou locales.

La base de données Orphanet fournit un service similaire et permet également de localiser des consultations spécialisées pour les maladies rares.

Les outils en ligne

Certains sites proposent des outils en ligne réellement utiles pendant une consultation : évaluateur de risque cardiovasculaire graphique qui permet de montrer au patient le bénéfice théorique des interventions proposées ; calculateurs d’index de masse corporelle, de clairance de créatinine, de surface cutanée, de calcémie corrigée...

Ces exemples ne constituent qu’un début ; de nouveaux services naissent tous les mois, et le médecin disposera bientôt d’outils précieux, comme des banques de formulaires officiels éditables et imprimables en ligne ou de secrétariats téléphoniques avec agenda partagé sur le Web par exemple. La mise à disposition de ces services sera d’autant plus rapide que les médecins familiarisés avec Internet seront nombreux.

Pas d’usage professionnel sans connexion rapide.

Pour envisager d’utiliser le Web comme un outil professionnel, une connexion rapide est indispensable. Le problème n’est pas tant dans la vitesse de transfert de l’information (56 Kbs pour un modem ordinaire, dit RTC, 512 Kbs pour le câble et l’ADSL) que dans le délai nécessaire pour y accéder. Un modem traditionnel peut demander plus d’une minute pour la connexion au réseau, ce qui est rédhibitoire. Le réseau câblé et l’ADSL permettent une connexion instantanée car permanente mais ne sont pas disponibles partout. Il ne faut pas oublier le RNIS (Numéris) qui permet un accès au réseau en moins de 5 secondes, ce qui en fait l’équivalent d’une connexion permanente à faible débit (64 Kbs) qui reste très supportable pour un coût qui reste modéré. En cas de connexion permanente, il faut veiller à protéger convenablement son ordinateur contre les intrusions extérieures (firewall type zoneAlarm)

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