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Lettre aux Doyens du Président du SNEMG

mardi 14 novembre 2006, par Dominique Tirmarche

Le mouvement de grève s’étend et gagne presque toutes les facultés de médecine françaises. Voici la lettre que le président du Syndicat National des Enseignants en Médecine Générale a adressée aux doyens.

Vincennes le 11/11/2006

Messieurs les Doyens,

L’ensemble des Généralistes Enseignants souhaite vous informer par l’intermédiaire du SNEMG de la situation dans les Facultés et des raisons de la poursuite du mouvement de grève.

En effet, ce mouvement est suivi partout en France par l’immense majorité des généralistes enseignants qui ont suspendu toutes leurs activités universitaires et d’enseignement.

Vous connaissez les Généralistes travaillant dans les départements de Médecine Générale et les collèges d’Enseignants dans vos Facultés et vous savez leur investissement. Depuis des années, dans des conditions de précarité et d’absence de reconnaissance, ils ont montré qu’ils pouvaient construire une discipline qui forme en 3ème cycle près de la moitié des futurs médecins ; ils ont su se mettre au service de la transmission des savoirs et de l’université médicale dont nous connaissons les exigences et la rigueur.

L’instauration du DES, construit et mis en place par les équipes sous votre égide, impliquait la création concrète de la filière universitaire de Médecine Générale (FUMG). Cette exigence s’imposait à l’égard des étudiants qui choisissaient ce DES à l’issue des ECN, à l’égard de l’université médicale et de la cohérence de ses enseignements, bien avant de considérer le devenir de ses enseignants.

C’est la raison pour laquelle le Collège National des Généralistes Enseignants (CNGE) a soulevé le problème au moment de la création du DES il y a 3 ans et a fait des propositions pour le résoudre. A la même époque, l’intersyndicale des résidents et internes en Médecine Générale a procédé de même.

Malgré une demande de plus en plus insistante et la pression de l’échéance de la fin du DES pour les premiers internes, le silence ministériel est resté total, et aucune négociation concrète n’a été ouverte. C’est en raison de ce silence assourdissant que le SNEMG a été créé par l’ensemble de la communauté des Généralistes Enseignants. Il rassemble maintenant l’immense majorité des enseignants associés, des chargés et attachés d’enseignement, et fédère un nombre impressionnant d’enseignants cliniciens après seulement quelques mois d’existence.

Depuis 8 mois, nous avons tout tenté, de la demande de négociations à la participation à toutes les réunions concédées, de propositions concrètes de solutions pratiques et juridiques aux explications circonstanciées dans les groupes techniques, de l’avertissement aux communiqués expliquant que la rentrée ne pourrait pas se passer dans les conditions sur lesquelles sont figées les tutelles depuis des mois. Le conseil d’administration du SNEMG sans aucune contrepartie a imposé l’arrêt des mouvements de grève sauvages qui avaient été déclenchés par trois collèges au printemps dernier.

La conférence des doyens a pris position officiellement sur la nécessaire titularisation d’enseignants de la discipline sur critères propres, dans l’optique d’aboutir à la création concrète de la FUMG. Vous avez alors réclamé l’application de la règle commune de l’université médicale aux futurs titulaires, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs dans le cadre de la bi appartenance qui la caractérise. Nous avons approuvé cette démarche et notre travail interne a été d’avertir et de faire approprier ces règles aux Généralistes Enseignants, de structurer et de proposer des solutions juridiques et pratiques en l’absence de proposition ministérielle après deux années de DES.

Après tout ce travail, le constat actuel est désespérant.

1/ Il n’y a toujours aucun engagement réel des tutelles, ni en terme de calendrier, ni en terme de postes, ni en terme de moyens, pour la future filière malgré la modestie du financement nécessaire.

2/ Tout indique que la politique actuelle est celle de la manœuvre dilatoire : après nous avoir réclamé de nous préparer à la règle de la bi-appartenance, après nous avoir incité à travailler pendant des mois sur ce projet, les ministères décident brusquement que ce n’est plus possible. La création de l’option Médecine Générale est enfin annoncée au moment où les services ministériels indiquent que le plan d’intégration attendu depuis 6 mois ne verra probablement pas le jour avant la fin de l’année prochaine, ce qui renvoie les premiers titulaires à un avenir inconnu et pour le moins hypothétique, et l’option destinée à rester une coquille vide.

3/ Les enseignants sont en position impossible auprès des étudiants qu’ils incitent à choisir la discipline sans pouvoir leur offrir la moindre perspective au plan universitaire, sans pouvoir faute de moyens humains d’enseignants titulaires se consacrer à les aider au développement de la discipline universitaire en terme de recherche et d’enseignement.

4/ Les enseignants sont en difficulté majeure et croissante dans les facultés en ne pouvant plus assumer la multiplication des tâches en rapport avec les exigences des étudiants, en terme d’organisation du DES, des stages ambulatoires, des thèses disciplinaires, des innovations pédagogiques profitables à l’ensemble de l’université médicale que sont par exemple la certification et le tutorat. Comment envisager dans ces conditions la mise en place du stage de 2ème cycle, théoriquement acquis depuis 10 ans et dont l’attente a désespéré et fait renoncer plus d’un éventuel Maître de Stage, sans les moyens financiers nécessaires, ni les moyens humains pour l’organiser ?

5/ Tout statut d’enseignant est refusé à ceux qui animent les lieux privilégiés de la transmission des savoirs, le milieu authentique de l’exercice professionnel de la spécialité à laquelle sont formés les internes. Comment pérenniser les efforts de formation à la pédagogie et à l’excellence pour des enseignants cliniciens sans statut, dont la rémunération depuis 10 ans, non seulement n’a pas évolué, mais en plus, passe par un circuit tellement surréaliste qu’ils ne savent jamais s’ils seront rémunérés ou avec quel retard ? Et il faudrait que nous assumions que les mêmes aberrations soient étendues au stage de 2ème cycle ?

Les Généralistes Enseignants voient en ce moment dépérir la discipline dont nous sommes tous persuadés de l’importance pour la qualité des soins délivrés à la population, littérature internationale à l’appui.

Plus de 2000 postes n’ont pas été choisis en 3 ans de DES. La Médecine Générale sert de voie de passage pour les DESC promus actuellement, notamment de gériatrie et d’urgence, pour lesquels des postes sont budgétisés. Parmi les étudiants qui restent encore dans la discipline, 60 à 80% ne s’installent pas dans les 10 ans suivant leurs études.

Le mouvement actuel est dû à cette inquiétude majeure pour la discipline universitaire et pour ses futurs professionnels. Les étudiants l’ont parfaitement compris expliquant qu’ils le soutiennent massivement.

Ce mouvement est en effet conduit au service des étudiants à qui nous ne pouvons plus raconter qu’ils sont dans un DES comme les autres sous peine de nous voir accuser de mensonge.

Ce mouvement est conduit au service de l’université médicale car il serait dramatique qu’elle n’intègre pas la compétence et l’expérience de ceux qui ont prioritairement construit le cursus destiné à la moitié des futurs professionnels.

La revendication est donc posée avec mesure mais détermination, avec un total esprit de responsabilité, qui explique que la voie choisie pénalise avant tout ceux qui le portent, tous les enseignants cliniciens ambulatoires qui ont modifié le fonctionnement de leur activité professionnelle pour accueillir les internes.

C’est pourquoi elle ne peut en aucun cas être assimilée à un mouvement catégoriel. Aucune discipline médicale concernant autant d’étudiants et en responsabilité d’un DES, n’a jamais été traitée de la sorte en restant à la porte de l’université après avoir mis en œuvre de longue date toutes les conditions de son intégration. Cette revendication constitue au contraire un élan pour la communauté universitaire dont l’unité et la volonté doivent faire comprendre aux ministères qu’il est maintenant impérieux de l’entendre.

En tant que porte parole de l’ensemble des enseignants, je vous réaffirme que jamais, ils n’ont envisagé la politique du pire ou de la surenchère. Ils s’engagent à stopper ce mouvement dans les délais les plus brefs si un accord pouvait montrer que les intérêts supérieurs des étudiants, de l’université et de la discipline étaient pris en compte.

C’est pourquoi nous comptons sur vous qui êtes la voix de l’université, de la raison et de la sagesse, afin que la tutelle agisse enfin au service de la mission d’enseignement dont nous avons tous conscience qu’elle s’impose à nous.

En vous remerciant à nouveau de votre compréhension et de votre soutien dans ces moments difficiles, soyez assurés, Messieurs les Doyens, des sentiments les plus cordiaux exprimés par tous les Généralistes Enseignants.

Vincent Renard

Président du SNEMG

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