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Aspects spécifiques de la souffrance morale liée aux conditions de travail : enquête en vue d’une réflexion sur une prise en charge par le médecin généraliste.

Thèse de Mathilde HABERT Présentée et soutenue publiquement le 5 Juillet 2006

lundi 14 mai 2007

« Le travail, c’est la santé ». Ce refrain fait partie du passé. La pénibilité au travail a augmenté au cours des vingt dernières années car aux risques anciens se surajoutent des risques nouveaux.

En trente ans, il y a eu d’importantes mutations économiques et l’émergence d’une nouvelle logique financière intensifiant le travail malgré une amélioration globale : travail en flux tendus, logique de service, travail dans l’urgence privant l’individu de temps nécessaire à l’élaboration de stratégies de défense, précarisation du travail (intérim, CDD, sous-traitance), individualisation des contrats de travail. Tout cela est à replacer dans un contexte de chômage de masse, d’isolement des salariés et de perte de repères collectifs.

Le rapport européen de 2000 sur les conditions de travail en Europe (1) révèle que 60 % des européens estiment que le travail affecte leur santé. 23 % des travailleurs font état d’une fatigue générale. 28% se déclarent stressés par le travail. En France, 8% font état d’absences dues à des problèmes de santé liés au travail au cours des 12 derniers mois et un travailleur sur 10 dit avoir été victime d’intimidations sur son lieu de travail. Il en coûte 20 milliards d’ Euros à l’Union Européenne (en temps de travail perdu et en coûts de santé).

La souffrance morale liée aux conditions de travail (en excluant la souffrance liée aux conditions physiques, à la sécurité, au harcèlement sexuel et aux agressions extérieures) a un dénominateur commun : le stress. Un stress néfaste pour la santé apparaît quand l’individu ne ressent pas la capacité de pouvoir faire face à la situation imposée sur son lieu de travail sur une période longue et continue. Ce stress génère, à terme, de l’anxiété, une augmentation des conduites addictives, des dépressions. Il induit ou favorise tout un cortège de maladies psychiques et organiques largement documentées, d’une grande variabilité . Un stress néfaste pour la santé participe notamment au processus d’épuisement professionnel et aux conséquences d’une situation de harcèlement moral.

Certains facteurs de risque de stress au travail sont identifiés, plusieurs modèles ont été créés et validés pour mettre en avant la conjugaison à haut risque de certains facteurs liés aux conditions de travail sur la santé (exemple : modèle de Lazarek).

Le Conseil Economique et Social met l’accent sur le rôle central du Médecin du Travail et la mise en place de stratégies de prévention de la souffrance morale au travail dans les entreprises.

Le Dr Sterdyniak, (président de la Metranep ), lors de la journée des 4 Médecines du Travail de Paris du 6 Décembre 2005, insiste sur le fait que la souffrance morale au travail est individuelle mais que les solutions sont collectives. Pourtant, les médecins généralistes subissent de plein fouet toutes les conséquences individuelles de la souffrance morale liée aux conditions de travail. Dommage, car ils ne sont pas formés pour répondre à ce type de souffrance « de masse » : pas de formation à la Faculté, pas de recommandations de bonne pratique spécifiques, tout au plus quelques formations médicales continues depuis quelques années traitant du sujet.

Il apparaît dans la littérature comme un intervenant « subalterne », à qui l’on confie pourtant des rôles fondamentaux : écoute des patients, identification de la souffrance morale en rapport avec les conditions de travail, prescriptions thérapeutiques et d’arrêts de travail si nécessaire (dans un contexte d’intensification des contrôles des arrêts maladie et de remise en cause du bon usage des psychotropes), mise en œuvre d’une prise en charge interdisciplinaire si besoin tout en sachant qu’il n’existe en France que vingt neufs centres de consultation de pathologies professionnelles, que les psychiatres sont souvent débordés et les psychothérapies coûteuses et non prises en charge, pour la plupart, par la Sécurité Sociale.

Il est le seul acteur de santé qui prend en compte les aspects à la fois médicaux, mais aussi psychologiques et sociaux (le modèle global, Engel, 1980) de la personne, tous essentiels pour appréhender la souffrance morale liée aux conditions de travail. Il peut mettre en avant des signes d’alerte, piocher des renseignements intimes et instaurer au fil des consultations une relation de confiance. Or, un médecin ne trouve que ce qu’il cherche et qu’il connaît, notamment ce à quoi il va pouvoir apporter des solutions. Il dépend beaucoup de ce qu’est venu chercher le patient aussi.

Alors, qu’en est t-il de ses connaissances et de sa prise en charge ? Est ce, comme je le pense, le fruit d’une méthode empirique ? Est-il le médecin de premier recours qui va, dans la majorité des cas, gérer seul la souffrance de son patient ? Quelle est sa tactique dans la prise en charge du harcèlement moral en particulier ? Quelles solutions propose t-il aux patients en souffrance ? Quels rapports entretient-il avec ses confrères médecins du travail et psychiatres dans la pluridisciplinarité éventuelle de la prise en charge ?

J’estime qu’il est temps de le considérer comme chef de file de la prise en charge de la souffrance morale liée aux conditions de travail . A ce titre, il est nécessaire qu’on s’interroge sur ses possibilités et ses limites, ses difficultés quotidiennes concrètes et sur les moyens dont il pense disposer actuellement. C’est ce que je me propose d’étudier à l’aide d’une enquête réalisée auprès de médecins généralistes.

2 Messages de forum

  • Invitation 7 juin 2007 11:32, par mathilde habert

    A ceux que le sujet interpelle, je serais ravie de recueillir vos expériences et vos commentaires sur le stress lié aux conditions de travail à l’adresse suivante :
    http://stressautravail.centerblog.net/

    Mathilde Habert

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    • soufffance morale 24 avril 2008 15:42, par colauvergne

      Je travaille dans l’entreprise depuis 1988. J’a subi l’année 2006 un harcélement au travail. J’ai essayé d’en avertir le directoire , la direction..ils ne voulaient pas comprendre...Nous avons été racheté par un groupe qui a compris que la personne n’avait pas sa place dans l’entreprise..Elle a été licenciéé avec le comptable..Par contre suite à ce licenciement, le personne cadre était dans le CE..L’inspecteur du travail est donc venu dans l’entreprise pour recueillir sur le comportement de cette personne...à qui on a demandé de temoigner : moi...
      je me suis fait entendre dire que gràce à mon témoignage, l’inspecteur envisageait donc son licenciement..J’ai été malade moralement mais je ne pouvais m’arréter n’ayant un salaire de 1127€ net.
      L’année 2007, je me suis retrouvée hospitalisée suite à un cancer sur le rein. Depuis le 17 septembre 2007 je suis en mis temps thérapeutique..J’aime mon travail ;
      Mais à ce jour je craque..la charge de travail est trop importante et je n’y arrive plus..ce n’est pas la faute de l’avoir dit.Je n’ai pas du tout été aidé dans mon travail..je l’ai pourtant demandé à plusieurs reprises.De plus des postes sont manquants donc il faut faire de la polyvalence..Ce matin j’arrive au travail et on me demande un objectif que je ne pourrai pas remplir..Le ressenti est dans tout le personnel administratif.Il y a des impératifs budgétaires..On ose me dire que je me mets la pression seule alors que la charge de travail augmente et que l’on me laise seule sur leposte..c’est un poste qui ne peut rester vacant : c’est de la facturation : c’est le nerf de l’entreprise.Personne ne veut comprendre que j’irai mieux si l’on m’aidait..je suis à bout de souffle.J’ai demander un RV au médecin du travail car je ne peux plus avancer comme cela.Dans ma souffrance on me dit d’éliminer le stress en prenant des cours de sophrologie..voilà ce que l’on vit sans le vouloir..

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